Par Angus

Nous connaissons tous.tes ces romans, films ou séries qui mettent en scène un groupe de garçons adolescents qui partent explorer un monde plus ou moins fantastique, vivant des aventures qui s’apparentent à un parcours initiatique. Nous pourrions citer la série Stranger Things, les films The Goonies, Super 8 et It, mais aussi des séries de romans comme Harry Potter, Le Club des 5, Les 6 Compagnons…

Dans toutes ces fictions, il est facile de tracer une ligne de direction commune : une aventure centrale autour d’un mystère, qu’il soit fantastique ou non, qui peut représenter une menace ou un danger, menée par un groupe de garçons chargé de résoudre ce problème. Alors, où sont les filles dans ces aventures initiatiques qui guident les personnages vers l’âge adulte ?

Les personnages secondaires féminins sont souvent réduits à deux types : la sœur qui énerve ou ennuie un des héros (Nancy dans Stranger Things, Ginny dans Harry Potter ou encore Annie dans Le Club des 5), et la fille pour laquelle l’un d’eux a le béguin (Mady dans Les 6 Compagnons, Max dans Stranger Things, Cho dans Harry Potter…).

Pour qu’un personnage féminin prenne une réelle importance dans l’intrigue, il faut qu’elle puisse apporter quelque chose de réellement utile au groupe, qu’elle se distingue des autres filles en adoptant des codes vus comme étant typiquement masculins, ou qu’elle soit capable d’impressionner les héros par des pouvoirs ou capacités particulières. Elle doit avoir des caractéristiques qui la différencient des autres filles, si elle veut pouvoir prendre part à ces aventures et être acceptée par le groupe de garçons. Eleven, dans Stranger Things, est intégrée au groupe parce qu’elle a des pouvoirs surnaturels, Max l’est plus difficilement, bien qu’elle impressionne les garçons en battant leur record à un jeu, et enfin Nancy doit se battre et affronter toutes sortes d’épreuves avant d’être reconnue à sa juste valeur.

Ainsi, même lorsque ces fictions présentent des groupes mixtes, comme dans Le Club des 5, les filles occupent toujours une place différente de celle attribuée aux garçons, qui eux n’ont pas besoin de caractéristiques particulières pour vivre ces aventures. Claudine, chef de la bande dans Le Club des 5, change son prénom en Claude, parce qu’elle le trouve trop féminin. Si elle arrive à s’imposer auprès des garçons, c’est justement parce qu’elle adopte leurs propres codes : elle proclame son égalité avec les deux garçons du groupe en refusant de se comporter comme devrait le faire une fille selon les codes de la société. Cela pourrait être positif, comme un moyen de déconstruire les stéréotypes de genre, mais on réalise très vite que ce n’est pas le cas : ce qui est féminin est dévalué au profit du masculin, qui représente le courage qui est nécessaire pour affronter les différentes épreuves. Annie, la plus jeune du groupe, est souvent moquée par les autres membres. Elle est montrée comme aimant être la ménagère et la cuisinière du groupe, et ces caractéristiques attribuées au domaine féminin dans la plupart des esprits sont celles qui lui attirent des plaisanteries. Même Claude la trouve trop « fifille » et froussarde.

L’interrogation majeure qui émerge face à de telles observations est : pourquoi ? Peut-être parce que les filles ne sont pas celles qui sortent vadrouiller dans la nature, peut-être parce que « les filles sont plus intelligentes que cela », ou peut-être même qu’elles n’ont pas besoin d’aventure initiatique qui les mèneraient à l’âge adulte car la société attend d’elles qu’elles soient, dès l’enfance, bienveillantes, réfléchies et vertueuses. Tout ceci n’est qu’une image du poids de la société patriarcale dans laquelle nous vivons et qui ne fait que perpétuer les mêmes stéréotypes de genres. Parce qu’ils existent, ils sont représentés dans ces œuvres de fiction qui participent à les renouveler encore et encore. Cercle vicieux qui montre aux jeunes filles que l’aventure, ce n’est pas pour elles, surtout si elles gardent une part de féminité, et qu’elles doivent, pour avoir leur place dans un domaine masculin, avoir quelque chose « en plus », que n’ont pas les autres filles. L’inverse même de la sororité.

Alors il faudrait mettre en avant les œuvres qui déconstruisent cela. Montrer aux jeunes filles qu’elles peuvent choisir ce qu’elles veulent être et ce qu’elles veulent vivre. Qu’elles peuvent adopter aussi bien des codes dits féminins que masculins, et que cela ne change en rien la force qu’elles ont pour affronter toutes sortes d’aventures.